Sorcières. Mona Chollet.

Sorcières. Mona Chollet. réf img : ici

Bonne année 2019 !

Je vais parler du livre Sorcières de Mona Chollet, journaliste au Monde diplomatique et écrivaine.

Pour moi, c’est un livre très bien écrit avec des points de vue intéressants développés.  Au fil de la lecture, j’ai senti que l’écrivaine s’était beaucoup investie dans la rédaction de ce livre avec un gros travail de recherche derrière et des références à sa propre vie. C’est le premier livre de Mona Chollet que je lis donc cette lecture m’a vraiment donné envie de découvrir ses autres livres dont Beauté fatale.

La sorcière d’hier jusqu’à aujourd’hui

L’introduction se concentre sur un rappel des faits historiques sur la chasse aux sorcières avec un regard féministe. Ensuite, elle discute de différents portraits de la femme d’hier et d’aujourd’hui considérés comme non conventionnels par les normes sociales : la femme seule, la femme sans enfant(s) et la femme vieille, en faisant des liens avec l’imaginaire associé à la figure de la sorcière.

La femme seule

La femme seule ou la vieille fille à chat(s) est un peu dépeinte de manière triste dans notre société. Généralement, à partir d’un certain âge, certaines personnes vont trouver ça bizarre une femme seule, encore plus si elle est jolie, heureuse, hétérosexuelle etc. La pression sociale s’exerce fortement sur la femme seule de la part des proches, des images provenant des médias en particulier féminins et aussi des avantages conférés par le fait d’être en couple (par exemple d’un point de vue financier). Cette pression commence dès l’enfance. Dans cette partie, elle revient également sur la notion du couple à travers le mariage. Pour certains politiciens américains, le mariage serait (pour les femmes, bien sûr) « la meilleure arme antipauvreté ». Puisque les femmes sont les premières victimes de la précarité avec le travail à temps partiel, elles effectuent les métiers peu valorisants, d’où l’argument du mariage. Cependant, à la suite d’un divorce, elles peuvent rapidement perdre en niveau de vie.

La femme sans enfants

L’autre figure rappelant la sorcière est la femme sans enfants. La femme sans enfants est aussi mal vue puisqu’elle n’a pas connu la joie de la maternité. Aujourd’hui, une femme avec des enfants va toujours s’occuper plus des enfants. Souvent, en devenant mères, des femmes se retrouvent souvent dans l’impossibilité de mener d’autres projets à bien, à moins d’être bien organisées ou d’embaucher une autre femme (une nounou par exemple). La notion de charges mentales apparaît.

Dans le livre, l’autrice évoque aussi le regret de ne pas devenir/être mère pour les femmes sans enfants, très présent dans la société avec l’injonction « tu changeras d’avis » ou la notion d’accomplissement pour devenir une femme complète. Mais l’autrice ne fait pas l’impasse sur l’autre regret qui est celui de devenir mère. Cependant, c’est un sujet tabou dans notre société.

La femme vieille

Enfin, la dernière figure associée à la sorcière qui est abordée est la femme vieille. Dans notre imaginaire collectif, nous avons des représentations de la femme vieille pas très valorisantes. En effet, la femme vieille est « moche » en opposition avec une belle jeune fille. Elle est aussi méchante (avec tous les qualificatifs associés à la laideur). Elle jalouse la « fraicheur » des jeunes filles.

Dans notre société, nous avons tendance à peu valoriser l’expérience et les connaissances acquises par les femmes contrairement aux hommes. Certains hommes préfèrent une jeune fille candide, naïve, facilement en admiration à une femme avec un vécu et un vécu qui peut être visible sur son corps en particulier. C’est une partie que j’ai trouvé très intéressante. Je trouve qu’on parle très peu de la femme âgée avec une tendance à l’invisibiliser et en parallèle l’expansion de toute une gamme de produits et de services chirurgicales pour échapper à la vieillesse.

La sorcière guérisseuse

Elle développe aussi une partie sur le statut de guérisseuse attribué aux sorcières et l’apparition de la médecine traditionnelle, réservée aux hommes au départ. L’ambiance sexiste qu’on peut encore actuellement retrouver dans ce milieu. Elle parle aussi du traitement du corps des femmes par le personnel médical en particulier les obstétriciens et gynécologues.

Mansplanning

L’incompétence des femmes / le mansplanning / les sujets « toujours » réservés aux hommes tels que l’économie, la politique et la géopolitique qui sont des sujets qui me passionnent personnellement, sont aussi abordés dans ce livre et l’autrice donne des références à son expérience de vie en tant que femme. J’ai remarqué que quand je parlais de ces sujets (politique, économie etc.) avec mes collègues masculins en particulier, au début j’ai toujours l’impression de ne pas être légitime. Mais au final, j’ai suffisamment confiance en mes connaissances pour en parler, après tout je lis énormément que ce soit l’actualité / des livres sur le sujet. Des fois, un manque de confiance ressort et je me retrouve à donner mes références alors que mes collègues très rarement, en particulier ceux qui disent des énormités pour ne pas dire des bêtises… Qui le disent avec une certaine assurance bien qu’ils soient complètement à côté de la plaque, c’est très difficile de défaire leurs arguments. Finalement, je ressens une certaine dualité entre dire mes pensées et assumer publiquement mes convictions et garder le silence (ce qui au fond je pense arrangerait tout le monde et paradoxalement moi-même car moins de pression et de fatigue, ça revient à valider une vieille idée sexiste sur le fait que les femmes ne soient pas intéressées par la politique, l’économie, ne comprennent rien et se contentent d’échanger des banalités).

Aux lecteur.rice.s intéressé.e.s

Je vous recommande la lecture de ce livre, avec de nombreuses références à d’autres livres féministes (mais pas que).

Pour aller plus loin

Je recommande le podcast féministe un podcast à soi, excellent. Je vous propose une petite sélection en rapport avec les thèmes développés dans le livre.

Une réflexion sur « Sorcières. Mona Chollet. »

  1. J’ai commencé la lecture de « Chez soi, une odyssée de l’espace domestique » de la même autrice, je trouve que c’est facile à lire et très intéressant. Encore une fois, ça donne envie de lire le livre dont tu parles, merci pour ta fiche de lecture, et pour le partage de ton expérience. C’est intéressant de se rendre compte du privilège qu’on a en tant que mec de parler sans être remis en cause ou obligé d’avoir des appuis solides, et finalement de pouvoir s’exprimer sans légitimité sur plein de sujet…

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