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Ces hommes qui m’expliquent la vie. Rebecca Solnit

Ces hommes qui m’expliquent la vie, Rebecca Solnit, éditions de l’Olivier 2018

Ce livre développe la notion de mansplaining (ou mecsplication en français) à travers diverses anecdotes personnelles. De se faire expliquer des choses que l’on sait déjà, dont on est experte. Dans le milieu de la recherche, c’est assez fréquent, car les personnes supposent par défaut qu’un papier scientifique est écrit par un homme. Ils (oui souvent des hommes !) vont vous recommander un papier en rapport avec votre discipline et vont vous expliquer le contenu du papier alors qu’ en fait, c’est vous-même l’autrice principale (le premier auteur dans la liste des auteurs du papier scientifique). De même, c’est assez fascinant les a priori que les gens peuvent à voir sur d’autres personnes en un seul regard. Cette capacité à attribuer un savoir ou à retirer le sujet à une personne et à ne plus la voir comme un être humain, ou simplement comme une personne dotée d’une individualité.

La parole des femmes, parlons-en

C’est le cas notamment des femmes lorsqu’elles prennent la parole. Le poids de la parole des femmes face à celle des hommes, comment celle-ci est reçue par l’opinion public, et dans la société. Notamment, en cas de viol etc. Souvent, et même encore après #meetoo, cette parole est perçue comme victimaire alors que la personne expose des faits et exprime son ressenti. Cette difficulté à reconnaître son statut de victime, le refus d’en discuter, de se remettre en question. Ces difficultés, on peut la retrouver chez beaucoup de personnes, dans d’autres types de discrimination. Le bouquin se focalise en particulier sur des hommes qui ont du mal à accepter cette parole.

Affaire DSK : ce qu’elle dit du pouvoir dominant

Dans le livre, elle revient sur l’affaire DSK qui a permis de révéler d’autres affaires dans lesquelles il était impliqué. Jamais ce genre d’affaire n’aurait éclaté en France et cette affaire a éclaté avant #meetoo. Les femmes doivent faire profil bas pour ne pas entacher la carrière de cet homme important. Car, oui, en effet, ce qu’ont vécu ces femmes, ce n’est pas si grave, c’est de l’ordre de l’accident de parcours. Il ne faut pas qu’elles dérangent. On peut dire et penser ce qu’on veut des États-Unis mais je leur reconnais au moins cela, ils prennent au sérieux ces histoires. J’ai aussi entendu beaucoup de gens défendre DSK en France, toujours dans la minimisation des actes dont il était accusé, puis après tout ce n’était qu’une femme de ménage et elle a accepté l’argent et n’est pas allée jusqu’au bout de la procédure judiciaire donc c’était forcément un coup monté (#merci ces gens qui ne comprennent rien au système judiciaire américain). Cette affaire met aussi en évidence les rapports de classes, les rapports au travail et la place du sexe dans ce rapport de pouvoir. Un homme patron (du FMI), blanc, une femme de ménage, noire. Il ne voulait pas juste tirer son coup, il voulait asseoir son pouvoir, il se sentait permis.

Relations homme-femme dans le monde

Elle parle également de ce que les femmes vivent dans le monde et principalement aux États-Unis (car c’est une autrice américaine). Comment évolue la définition de virilité ? L’apparition de la virilité toxique.

Elle aborde l’un des problèmes mondiaux qui vient de l’impunité des hommes et de la violence autoritaire qu’ils exercent, de leur croyance en leur droit de contrôler et de punir les femmes (ouf Weinstein a été condamné).

[…] les meurtres sont à 90 % commis par des hommes

p. 34 du livre de Rebecca Solnit, en parlant des États-Unis

Le fait est que beaucoup d’hommes également commettent des violences sur les femmes (toutes classes sociales confondues). Ces violences sont des agressions sexuelles, physiques, morales mais aussi des viols. Elles peuvent avoir lieu au sein d’un couple hétéro. D’ailleurs, ces violences sont souvent décrites par le terme faux de « crime passionnel » dans les médias, avec des tournures passives (c’est-à-dire que le sujet est rarement l’homme en question, ou si c’est le cas, les journalistes minimisent les faits en utilisant des verbes peu appropriés pour décrire les faits) (voir l’étude de Nous Toutes et les nombreux féminicides). Rebecca Solnit mentionne également que ces violences se produisent lors d’une rencontre IRL (in real life) entre deux personnes adultes qui se sont connus via un site de rencontre par exemple (voir l’actualité récente en France de comment ces cas sont reçus et traités par la police). Ces hommes refusent le consentement des femmes, leur refusent le droit d’exister en tant qu’individu et leur font comprendre en se montrant violent et en allant jusqu’à la tuer parce qu’elle a refusé son dû (qui est donc d’avoir des rapports sexuels).

L’avenir

L’avenir est sombre, ce qui, je crois, est la meilleure des choses pour un avenir.

p.92 du livre de Rebecca Solnit, extrait du journal de Virginia Woolf

Finalement, la phrase de Woolf nous indique qu’il est possible de redéfinir ce monde. Il reste de l’espoir. Rebecca Solnit indique qu’elles ont encore des batailles à mener, des réflexions sur lesquelles travailler comme par exemple la réception de la parole des femmes dans les médias, les commissariats, dans le cadre pro ou même entre proches ; la place de l’homme et son rapport à la virilité (on peut citer V. Tuaillon et son podcast « Les couilles sur la table », ainsi que son livre qui sera reviewer très prochainement dans ce blog).

Il faut également qu’on reste vigilant.e. aux droits reproductifs des femmes qui désignent le droit des femmes à disposer de leur corps et continuer à remettre en question le système dans lequel nous vivons. Ne pas limiter le féminisme à une simple question culturelle mais l’envisager d’un point de vue politique.

La violence domestique, la mecsplication, la culture du viol et le sexual entitlement font désormais partie des outils linguistiques qui redéfinissent le monde que doivent affronter beaucoup de femmes au quotidien, et ouvrent la voie pour commencer à le changer.

p.146 du livre de Rebecca Solnit

Pour conclure

Pour finir, je vous conseille ce bouquin. Il est assez court et se lit rapidement. Dans l’année, je lirai un autre livre de Rebecca Solnit, Whose Story Is This ?: Old Conflicts, New Chapters, qui m’attend sagement dans ma PAL et j’en ferai un retour dès que possible.

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